MISSIONS HAÏTI

 

Les sous-rubriques de Mission Haïti sont accessibles sur la colonne de gauche. Ces sous rubriques reprennent des articles et photos de missions antérieures.

07/04/16 voir ci-dessous l'évocation du tragique décès d'un membre du GREF en Haïti


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LEOGANE 2016

Encore une mission plurielle !

C'est devenu une habitude, peut-être une mauvaise habitude à laquelle il faudra réfléchir. On peut toujours se justifier en expliquant qu'il y a tant à faire ici. Mais on connaît le proverbe : "qui trop embrasse..." Embrassons-nous trop ? Oui parfois sans doute.

La session 2013 avait été consacrée à la formation pédagogique de base des enseignants (qui n'en avaient reçu aucune pour la plupart). On y avait ajouté une formation spécifique à l'utilisation en classe des TNI (tableaux numériques interactifs).

En 2014, la formation initiale en pédagogie  (y compris aux TNI) avait été poursuivie et renforcée, mais nous y avions ajouté une initiation à l'éducation à l'environnement, et nous sommes bien contents d'observer aujourd'hui dans les écoles quelques signes (des poubelles sélectives par exemple) qui montrent qu'une" conscience écologique" est en train de s'éveiller dans les jeunes esprits, et par eux peut-être dans les représentations de leurs parents.

En 2014 aussi, nous avions créé dans l'école qui est à l'origine du projet, une bibliothèque, avec le minimum de formation qui va avec...

Une belle réussite cette bibliothèque, mais un an et quelques mois après, on perçoit déjà qu'il faudra beaucoup d'efforts pour pérenniser cet outil en bon état de marche...et aussi et peut-être surtout apprendre aux enseignants à s'en servir.

Nous allons consacrer du temps à cela en 2016, mais nous sommes ici aussi avec  deux autres objectifs qui vont bien remplir notre calendrier :

Tout d'abord Marianne et moi qui avons proposé les formations en 2013 et 2014 avons souhaité mesurer l'impact de nos formations sur les comportements des enseignants formés. Nos premières journées de travail nous conduiront donc à réaliser cette évaluation dans chacune des écoles concernées. C'est une tâche que nous effectuerons en étroite collaboration avec les directeurs. Notre objectif est de renforcer ainsi le rôle pédagogique des directeurs qui devraient être de véritables "têtes de ponts" pédagogiques dans leurs établissements. Ce rôle pédagogique est bien officiellement inscrit dans les obligations de ces directeurs, mais ici comme en France , ils sont parfois happés à ce point par le volet administratif ou relationnel de leur fonction qu'ils en négligent leur rôle de guide pédagogique.

Outre cette évaluation, un autre objectif dominant va nous occuper, à savoir l'introduction dans les écoles et dans chaque classe d'une éducation à la santé.

Pourquoi un tel objectif ? D'abord tout simplement parce que le GREF, par l'intermédiaire de son RP (responsable pays) souhaite dépasser ici l'investissement dans le seul domaine de l'école, pour aller vers un projet de développement général  de la société dans le domaine de la santé, avec notamment  la création d'une "maison de la santé" (déjà construite, mais pas encore fonctionnelle). Catherine et Rémy, du GREF sont avec nous avec leurs compétences spécifiques dans ce domaine, tout à la fois pour apporter leur contribution à cette éducation à la santé dans les écoles, et en même temps pour effectuer un diagnostic des besoins et des demandes de la population en matière de santé. Tout cela en prévision et en préparation d'un vaste projet à venir.

 

Pour des raisons de réelle faisabilité au cours de cette mission, nous avons volontairement limité cette éducation à la santé au domaine de l'hygiène corporelle. Faute de pouvoir proposer cette initiation à tous les enseignants, nous la proposerons à un enseignant par école qui sera le référent santé de l'établissement et qui démultipliera la formation auprès de ses collègues. les formateurs du GREF seront épaulés dans cette tâche par des formateurs de la FOSREF ou Fondation pour la Santé de la Reproduction et l'Education FamilialeEnfin n'oublions pas un objectif particulier que certains parmi vous, amis lecteurs,  connaissent bien : la création d'un atelier couture dans l'école qui est à l'origine du projet.

Pourquoi cette création ? Pour deux raisons essentielles : beaucoup de parents ne scolarisent pas leurs enfants parce qu'ils n'ont pas les moyens de payer "l'écolage" (les frais de scolarité ou les uniformes scolaires (obligatoites ici). Il y a ainsi encore une centaine d'enfants non scolarisés dans le village de Cabaret Bois Aubée, là où la Communauté haitienne du Nord a reconstruit l'école.L'atelier de couture permettra de fabriquer à faible coût les uniformes et les revenus de cet atelier permettront d'alléger les frais de scolarité.

Ajoutons aussi qu'un tel atelier offrira une occasion de formation professionnelle à des élèves plus âgée)s. Il n'est pas rare de voir des élèves de 16 ans en fin de primaire...

Vaste programme ! il est en cours ! on vous dira la suite !...

 

l'équipe du Gref

LE STYLE GINGERBREAD

 

Depuis le terrible séisme du 12 janvier 2010, cette maison est dans cette fâcheuse posture, irréparable certainement. Elle est pour nous qui la revoyons chaque année un rappel parmi tant d'autres de ce désastre qui fit plusieurs centaines de milliers de morts et détruisit tant de maisons, d'églises, d'écoles, mais en même temps elle reste aussi un témoin d'un style architectural qui est une originalité essentielle du patrimoine haïtien, le style "Gingerbread", (pain d'épice en anglais).

 

On peut bien l'appeler aussi style colonial, et il rappelle d'ailleurs assez bien un style que l'on retrouve en Louisiane ou encore à La Réunion. Les maisons gingerbread haïtiennes ne remontent cependant pas à la période coloniale, puisqu'elles ont pour la plupart été construites à la fin du XIXème siècle. Ce sont d'ailleurs des architectes français qui ont réalisé ces chef-d'oeuvres, à la demande de riches propriétaires de l'époque. Rappellons à ce sujet que la société haïtienne compte parmi les plus inégalitaires. J'ai déjà eu l'occasion d'opposer, dans un texte antérieur (voir en tête à gauche,dans  la sous rubrique "découverte de Haïti", l'article "NEG ANWO NEG ANBA : ) les "neg anwo" et les "neg anba", "en haut" et "en bas" désignant d'ailleurs à Port au Prince même, la capitale, tout à la fois l'altitude physique et "l'altitude sociale". C'est en effet sur les hauteurs très fraîches de Port au Prince que vivent les riches Haïtiens, alors que c'est tout en bas, au niveau de la mer que vit la population d'une extrême pauvreté de la tristement célèbre "Cité soleil", une zone de non droit comme le sont les fameuses favellas brésiliennes, à la différence que les vraies favellas sont accrochées aux pentes de Rio, sous le célèbre Corcovado, alors qu'ici, c'est en quelque sorte une "favella horizontale", un impressionnant bidonville.

 

Aucune trace bien sûr du style Gingerbread dans cité soleil où l'on s'entasse dans des maisons de fortune construites sur un sol artificiel constitué d'une couche épaisse d'ordures (appelées ici "fatras") qui se sont lentement accumulées au fil du temps. Ce "sol" est si meuble et instable que les maisons s'enfoncent régulièrement et que les habitants "s'en sortent" (c'est le cas de le dire, en ajoutant un autre étage quand ils le peuvent...et tant que çà dure en tout cas, car l'inexorable montée des océans sous l'effet du réchauffement climatique laisse prévoir que Cité Soleil sera submergeé dans cent ans...

 

Mais revenons à notre sujet, les maisons gingerbread. Celle que vous voyez ci-dessus disparaîtra certainement rapidement. D'autres aussi, car ces constructions sont le plus souvent en bois et les termites autant que les violentes pluies tropicales les menacent aussi.

 

Il en reste encore suffisamment cependant pour que l'on découvre cette architecture originale, flamboyante, "tarabiscotée", dit-on aussi tant elle privilégie les décorations en bois découpé.

 

Un des plus remarquables exemplaires est le célèbre hotel Oloffson à Port au Prince. Cet hôtel est un véritable joyau au sein d'un magnifique écrin de verdure. Le voici :

 

 

Ce n'est pas seulement sa beauté qui fait la réputation de cet hôtel, c'est aussi plein d'autres choses : d'abord la qualité de sa restauration. Mais il faut avoir quelques moyens...Ensuite Oloffson est réputé aussi pour ses  soirées musicales et dansantes qui se déroulent chaque jeudi soir. L'hotel appartient d'ailleurs aujourd'hui à un célèbre chanteur haïtien (qui n'est pas Martelly, chanteur populaire lui aussi, avant d'accéder à la présidence qu'il a quittée il y a quelques jours)

 

Oloffson est aussi une résidence appréciée des célébrités. Clinton y a, dit-on, sa chambre préférée. Il suffit de parcourir des yeux les murs du hall d'entrée pour identifier ces visiteurs de marque qui ont laissé là une trace.

 

L'un des plus célèbres d'entre eux est certainement Graham Greene qui a notamment écrit en ce lieu l'un de ses romans les plus connus (surtout ici), "Les comédiens", un témoignage dur, sans concession, de ce que fut la terreur imposée par les trop célèbres "tontons macoute" de l'ère Duvalier.

 

INDOLENCE

 

On entend souvent, en Afrique, les autochtones dire en plaisantant : "vous les européens, vous avez la montre, nous on a le temps ! Eh bien ! nos hôtes ici, nos partenaires, nos stagiaires pourraient tout aussi bien le dire, car la manière dont le temps est vécu ne semble pas être la même que la nôtre...

 

Les exemples sont multiples, mais je peux m'appuyer ici sur un exemple récent. La période de carnaval est ici une véritable institution qui donne lieu d'une part à une période de congé officiellement programmée dans le calendrier scolaire, et d'autre part à des festivités qui mobilisent beaucoup les haïtiens.. Cette année, Carnaval se déroulait les lundi et mardi 8 et 9 février. Cela tombe bien pour les haïtiens, car ces 2 jours sont consécutifs d'un week end (lequel commence aussi de manière tout aussi officielle le vendredi à midi !). 4 jours de repos donc dans toutes les institutions et en particulier dans les écoles ! 4 ? non 5 dans la plupart, car le lendemain de mardi gras, ces sont "les cendres", n'est-ce pas ! Je ne sais pas s'il y a beaucoup de haïtiens qui ont encore une représentation claire de ce que sont "les cendres" dans la symbolique de la religion chrétienne, mais qu'à cela ne tienne ! l'opportunité est là, il faut la saisir.

 

Bon ! voilà donc une semaine de classe qui commence le jeudi (avec des effectifs d'ailleurs clairsemés) et qui s'achève le vendredi !

 

Mais non ! il y a mieux ! ou pire selon le point de vue auquel on se place : Nous travaillons ici avec 19 écoles en tout et quelques-unes ont carrément fermé une semaine et ne reprendront que demain lundi !

 

Voilà qui s'ajoute au retard avec lequel commence l'année scolaire en septembre. Cette rentrée peut bien être officiellement fixée au 5 septembre, comme c'était le cas en 2015, dans la réalité, elle se fait tout aussi officiellement un mois plus tard !

 

Il y a des raisons diverses à ce laxisme qui trouve peut-être une justification dans le climat tropical qui incite à une certaine indolence. Mais le fait que certaines écoles (privées ou communautaires pour la plupart) ne paient pas leurs enseignants pendant les périodes de vacances incite aussi les directeurs à étirer en longueur les périodes de congé. C'est toujours çà de gagné pour les directeurs ou les propriétaires des écoles...

 

Cette indolence se retrouve partout, par exemple dans le retard de nos stagiaires lors de nos formations, au point que nous avons dû annoncer qu'à partir de 8h15, pour un début annoncé à 8 h, il n'y aurait plus de petit déjeuner disponible pour les retardataires...

 

C'est ainsi ! "plutôt changer mes désirs que l'ordre du monde" écrivait Descartes dans la 2ème partie du Discours de la méthode. Nous ne sommes pas ici vraiment pour changer le monde, tout au plus pour l'améliorer un peu. Alors nous faisons taire nos désirs, certains d'entre eux en tout cas...

 

 

Il y a les congés de carnaval, mais carnaval est aussi à l'école même...

 

 

Haïti a son aune...

 

"Ne pas juger autrui à son aune" ! ou bien "on juge de la qualité d'une leçon en classe à l'aune de la concentration des élèves" voilà des expressions qui nous sont familières.

Nous savons plus ou moins confusément que cette aune fait référence à une ancienne unité de mesure que le système métrique a reléguée aux oublis. C'est bien cela en effet : l'aune était chez nous en France une unité de mesure utilisée en particulier par les tailleurs et les couturiers. Elle valait 1m14. Mais personne n'utilise plus cette unité de longueur comme d'autres d'ailleurs, la toise (1m80) , ou même la verge (91,44 cm)...Wikipédia vous apprend que la"la verge fait toujours 3 pieds, soit la moitié d'une toise ! Mais on vous dit aussi qu'il y a différentes verges : une verge française, une verge anglaise (le yard), une verge espagnole ou belge..! Pouce ! n'en rajoutons pas. Chaque pays jugerait-il sa verge à son aune ?

Cette aune, justement,nous la retrouvons ici à notre grande surprise. Ainsi pour façonner une jupe d'uniforme scolaire, il faut compter une aune et demie de tissu, mais pour le pantalon d'un garçon, trois quarts d'aune suffiront ! C'est la préparation de notre atelier de couture créé dans une école qui nous a permis de découvrir cela.

L'aune n'est d'ailleurs pas la seule unité de mesure originale (on pourrait dire aussi bien originelle) qu'on trouve en Haïti. C'est ainsi qu'on ne mesure pas ici les surfaces en hectares, mais en "carreaux", lesquels avaient cours aussi sous l'ancien régime. Le carreau haïtien vaut 1,293 hectare. Mais curieusement le carreau de Guadeloupe est différent du carreau haïtien et le carreau martiniquais différent encore !

Retrouver ainsi un vocabulaire aujourd'hui désuet est une des amusantes surprises d'un séjour à Haïti. Puisque nous évoquions les terrains, nous lisons ici fréquemment qu'un terrain, une propriété ou une maison est "à affermer", autrement dire à louer. "Affermer" rappelle ainsi le mot "fermage" qui avait cours dans nos campagnes françaises il n'y a pas si longtemps.

Plus curieuse encore cette expression qui nous apparaît aujourd'hui totalement surannée : J'interrogeais hier mon pilote de taxi-moto tout en roulant. Comme il m'entendait mal avec les bruits ambiants, il se retourne un peu vers moi eu me lance un "plaît-il ?" qui m'apparaît totalement incongru dans la situation. Une expression d'un académisme pur renvoyant au français des "honnêtes hommes" du XVII ème siècle dans la bouche d'un haïtien qui par ailleurs parle le plus souvent créole, ou un français très créolisé (à moins que ce ne soit l'inverse !), voilà bien les délicieuses surprises qui émaillent nos échanges ici. Il y aura d'autres rencontres de cette nature dont on aura l'occasion de parler.


 

 

 

DIMANCHE SOIR 14 février

Journée galère aujourd'hui pour l'accès à internet. Un connexion très épisodique, faible (surtout pour le téléchargement des photos), et souvent interrompue de manière inopportune. Mais "c'est comme çà ici" : cette phrase, on l'entend si souvent qu'elle va finir par nous convaincre aussi...

 

EDUCATION A LA SANTE

Première journée de formation

Notre mission 2016 alterne dans ses premiers jours les visites d'évaluation dans les écoles et les formations.

Moment important aujourd'hui : nous accueillions ici dans notre Eden (c'est le nom du centre d'accueil qui nous héberge), notre toute première journée de formation avec 22 enseignants (un par école), qui seront les référents santé de leur établissement, et qui seront chargés de diffuser la formation reçue auprès de leurs collègues.

A 9 h ce matin, il sont arrivés pour prendre un petit-déjeuner puis commencer le travail. La mise en route a été lente, comme souvent ici, mais une fois les choses lancées, une remarquable dynamique a entraîné le groupe dans des échanges d'abord timides, puis de plus en plus animés, jusqu'à devenir passionnés dans l'après-midi. La nature même des contenus de formation explique d'ailleurs en partie ce crescendo dans la motivation : les problèmes d'hygiène corporelle ont intéressé les stagiaires, entraînés par Catherine et Rémy dans l'analyse des gestes élémentaires de cette hygiène, la douche, le lavage des mains, le brossage des dents : pourquoi ? Comment ?

Puis le temps est venu de réfléchir aux questions plus spécifiques de la "santé de la reproduction : les grossesses précoces, un comportement sexuel responsable, etc...Cette partie de la formation, particulièrement importante pour la société haïtienne a déchaîné de vifs échanges bien coordonnés par deux excellentes formatrices de la FOSREF, une fondation haïtienne dédiée à la santé de la reproduction et à l'éducation des familles.

Demain mercredi,  nouvelle journée de formation sur ce thème, avec la prévention des MST et du VIH Sida ou encore la prévention des violences intrafamiliales...

A demain donc.

JAKO A L'ECOLE


 

Nous plaidons ici auprès des enseignants pour une pratique de la classe que nous appelons "pédagogie active participative", (en sigle la PAP, comme le sigle de la capitale Port Au Prince, ce qui constitue un moyen mnémotechnique simple). Cette pédagogie met l'accent sur l'activité des élèves, et pas seulement sur celle des enseignants. Ceux-ci sont là pour mettre les enfants en situation de construire eux-mêmes leurs savoirs, et non pas pour leur donner. Médiateurs, facilitateurs et non transmetteurs, pour des enfants qui ne sont plus des écouteurs passifs, des "élèves" (ceux qui sont "élevés), mais des "apprenants", ceux qui sont cognitivement mobilisés. L'opposition entre le participe passé passif "élevé" et le participe présent actif "apprenant" est ici éclairante.

 

Eh bien ! "Chassez le naturel, il revient au galop" ! C'est hélas ! ce que nous venons d'observer une fois de plus ici. Un des membres de l'équipe de formateurs qui était témoin avec moi d'une séance que nous observions me disait en voyant et en entendant cela : "c'est l'Ecole Normale de la répétition " !

 

Ce que nous observions était en effet aux antipodes d'une pédagogie active participative. La gestion de la classe était bien à première vue "participative", car le maître avait choisi de conduire la séance à grand renfort de questions de questions auxquelles les enfants sont sensés répondre.

 

Le problème, c'est que ce maître répond lui-même à ses questions et fait ensuite répéter cette réponse aux enfants. Ce jour-là, l'objectif est de connaître le féminin des adjectifs qualificatifs :

 

 

 

Le maître : L'adjectif "doux" fait au féminin "douce"

 

la classe (collectivement et en criant, et plusieurs fois) : doux est un adjectif qualificatif, il fait au féminin "douce".

 

Le maître (pour renforcer l'apprentissage ou pour s'assurer qu'il est acquis) : doux est un adjectif qualifi ?...

 

la classe en choeur : "catif" !

 

Le maître : "douce est l'adjectif doux au fémi ?...

 

La classe comme un seul homme : "Nin !

 

...

 

Et comme çà pendant une heure ! Les élèves répètent ainsi docilement et mécaniquement . Mais où est la pédagogie active participative ? Ce que nous voyons en est l'exact contraire : aucune situation de recherche, une participation tronquée puisque complètement dissymétrique, aucune interactivité des élèves entre eux, aucune autonomie des élèves...C'est du pur psittacisme (du latin "psittacus", perroquet). J'ai écrit plus haut la formule d'un de mes collègues ici, : c'est" l'Ecole Normale de la répétition" ! Oui, c'est "Jako à l'école", Le jako est en créole le perroquet. Les jakos se font rares dans les arbres ici, mais il y en a encore beaucoup sur les bancs des écoles !...

 

 

 

 

 

UN ATELIER PROFESSIONNEL DANS UNE ECOLE PRIMAIRE !

 

L'école primaire n'a pas habituellement vocation à préparer les élèves à la vie active, en tout cas pas directement. En Haïti, il en va différemment puisqu'il n'est pas rare de trouver en 6ème année fondamentale (l'équivalent du CM2 en France) de grands garçons ou de grandes filles qui peuvent avoir 16-18 ans, voire plus. Ce sont des"surâgés", dit-on ici. Pour ceux-là et celles là, l'idée d'une formation professionnelle est parfaitement légitime.

 

A l'école de Cabaret Bois Aubée, nous avons donc décidé de créer un atelier de couture qui proposera une formation de base au métier de couturier ou de couturière.

 

7 machines à coudre ont été acheminées de France par la Connunauté haïtienne du Nord de la France, et le GREF se charge d'organiser une formation.

 

Un comité de pilotage a d'abord été constitué, une réunion des parents d'élèves a été organisée, et un premier sondage a été effectué auprès des élèves de 6ème année. Résultat : près de 80 personnes à la réunion de parents ce jeudi 25 février, et 14 élèves sur 14, garçons et filles, se sont déclarés candidats à une formation ! Un vrai succès donc. Le projet séduit incontestablement.

 

Il a été décidé que cette formation se déroulerait le samedi matin, de 9h à midi. La recherche d'un formateur ou d'une formatrice est en cours. Plusieurs contacts sont établis. Le choix se fera rapidement.

 

Au delà de cette formation, l'atelier accueillera les autres jours des femmes couturières qui feront fonctionner la production avec participation aux bénéfices. Un projet économique a été abauché et doit être affiné encore.

 

L'objectif poursuivi par cet atelier de couture est double, il faut le rappeler : d'abord proposer une formation professionnelle à ces jeunes surâgés évoqués plus haut, et d'autre part constituer une AGR (activité génératrice de revenus) pour l'école qui pourra ainsi abaisser le coût des uniformes, et en outre baisser le prix de "l'écolage" (frais de scolarité). Au-delà de cela, l'idée est surtout de scolariser beaucoup d'enfants qui ne sont pas encore. On estime à une centaine le nombre d'enfants non scolarisés dans ce village.

 

 

 

Affaire à suivre donc...

 

réunion du comité de pilotage de l'atelier couture

Réunion des parents d'élèves à l'école de Cabaret Bois Aubée pour  l'annonce de la création d'un atelier de formation à la couture.

ATELIER COUTURE suite

 

UN ATELIER COUTURE : une idée simple très efficace

 

 

 

L'idée ce créer à l'école de Cabaret Bois Au Bée est une innovation qui doit permettre d'atteindre plusieurs objectifs qui tous contribueront directement au développement de l'éducation dans le village :

 

1) l'atelier couture permettra de donner aux élèves âgés voire sur-âgés, une formation professionnelle. Haïti, comme les autres pays du monde en développement, a tenté d'atteindre l'objectif de Dakar 2000 qui visait la scolarisation primaire universelle en 2015. Malgré des progrès importants, cet objectif n'est pas atteint par Haïti dont le taux brut de scolarisation reste inférieur à 50% en dépit du PSUGO (programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoite) impulsé par M. Martelly, l'ex-Président Haïtien. En tout état de cause, l'école primaire n'a pas pour vocation de proposer une formation professionnelle, mais de permettre de continuer un cursus vers une scolarisation secondaire. Or, à Cabaret comme dans toutes les écoles de la région, des élèves atteignent la 6ème année (équivalent de notre CM2) alors qu'ils ont 16, 18, voire 20 ans ou davantage. Cela provient tantôt d'une scolarisation très tardive, tantôt d'une scolarisation aléatoire, avec des interruptions pour abandons ou échecs suivis de reprises. Il paraît donc important qu'une structure de formation comme l'atelier de couture puisse doter les élèves avancés en âge (ce sont souvent des filles) d'une formation professionnelle ouvrant des perspectives dans la vie active au sortir du système scolaire.

 

2) Beaucoup d'enfants ne sont pas scolarisés pour une raison simple : la scolarisation a un coût, ce que l'on appelle en Haïti "l'écolage". D'autre part, pour aller à l'école, quelle qu'elle soit, les enfants doivent porter l'uniforme de l'école, qui à un coût lui aussi, d'autant plus qu'il en faut au minimum deux. Or pour beaucoup de familles, ces coûts additionnés sont trop lourds à supporter, et beaucoup de parents ont à choisir entre nourrir et instruire leurs enfants. L'atelier de couture devrait alléger les charges et favoriser la scolarisation.

 

 

 

.....

 

 

 

La mise en place de l'atelier de couture suit son cours. Hier lundi 29 février, une troisième réunion du comité de pilotage s'est déroulée dans les locaux mêmes de l'école. Pour la première fois, deux représentants de parents, qui s'étaient déclarés volontaires lors de la réunion générale au cours de laquelle le projet avait été présenté aux familles, ont participé aux débats et ont joué leur rôle.

 

Voici les décisions prises au cours de cette rencontre d'hier :

 

1) Une liste de 4 formateurs possibles a été établie, sur la base de critères de compétences professionnelles proprement dites et également de qualités pédagogiques et relationnelles.

 

Deux d'entre eux, une femme et un homme, ont été pressentis. Jasper, qui préside le comité de pilotage, et Nadège (directrice du préscolaire, et trésorière) les rencontrent aujourd'hui mardi. Une première séance de formation sera prévue avant notre départ, sans doute le samedi 12 mars. Un test de fonctionnement des machines à coudre sera effectué par le ou les formateurs.

 

2) Un groupe de couturiers et couturières a été constitué, avec un coordonnateur. Ce groupe fera fonctionner la production de l'atelier. Il se réunira vendredi 5 mars sous la responsabilité de Jasper et de Nadège pour élaborer un projet économique.

 

3) Une période probatoire se déroulera sur 3 mois, du 15 mars au 15 juin. Au terme de cette période, une évaluation générale du fonctionnement de l'atelier sera effectuée, à la fois sur le plan de la formation et sur le plan de la production, deux domaines nettement déconnectés.

 

4) Des responsabilités ont été distribuées au sein du comité de pilotage. Jasper en assume la présidence, Nadège la trésorerie (avec un adjoint), Philippe aura la charge de la communication.

 

5) La question de la propriété de l'atelier est posée. Elle sera traitée dans un échange entre Jasper et Evry Archer, président de la Communauté Haïtienne du Nord (qui a acheminé les machines à coudre de Lille à Léogâne). L'idée d'une convention a été évoquée.

 

Samedi 6 mars

 

Nouvelle réunion, hier vendredi  5 mars, du comité de pilotage de l'atelier couture. Il s'agissait de recevoir deux postulants pour assurer la formation des élèves dans l'atelier couture, une femme, Marjorie, couturière de son état, et un homme Louis-Charles, formateur en couture. Le choix s'est porté sur ce dernier, entre autres parce qu'il est disponible le samedi matin, jour qui a été choisi pour les séances de formation, ce qui n'est pas le cas de Marjorie.. Louis Charles propose aussi d'ouvrir une séance de formation le vendredi après-midi, pour un salaire modeste de 5000 gourdes par mois. C'est le budget du GREF qui finance cette formation les 6 premiers mois, mais ensuite, ce sont les gains réalisés par l'atelier de production qui devront assumer la pérennisation de la formation. Une première séance de formation se déroulera le samedi 12 mars, la veille de notre départ donc. Nous procéderons aux achats de fournitures pour cet atelier en début de semaine prochaine.

La mise en place de notre atelier couture sera ainsi achevée, du moins dans  sa fonction de formation. Mais que de problèmes à résoudre pour en arriver là. !Et que de réunions se sont succédées à l'école de Cabaret-Bois-Aubée.  Lundi, nous nous occuperons de ce même atelier, mais cette fois dans sa dimension production. Il s'agit de mettre en place, avec 3 couturier(e)s,  un projet économique qui permettra de faire de cet atelier une activité génératrice de revenus pour l'école, laquelle permettra de diminuer le prix de l'écolage et donc de faciliter la scolarisation des enfants qui ne le sont pas..

 

Mercredi 2 mars : vraiment désolés !

Désolés, oui, nous le sommes ici d'être trop longuement coupés du monde par la faute d'une connexion à internet pour le moins aléatoire...On saute sur la moindre ouverture pour tenter de communiquer...Merci pour votre patience !

"GEN BONDYE"

 

GEN BONDYE

 

 

L’un de mes premiers étonnements en découvrant Haïti, c’est la présence Divine partout où se pose le regard. Sur tous les petits commerces ou ateliers est inscrite une référence au Divin, ce qui donne parfois des amalgames cocasses : « Grâce divine » sur la devanture d’un coiffeur, « Jésus est la réponse » sur celle d’une pharmacie, alors à quoi bon acheter des médicaments ou chez un tailleur : « la Grandeur de Dieu », se mesure-t-elle en aunes comme le tissu des uniformes des petits écoliers ? Et encore « Voix des anges » sur la devanture d’un bureau de change, sans doute pour insuffler aux employés un esprit de charité !

 

Un Dieu protecteur aussi sur la route, des inscriptions sur tous les taps-taps dans une débauche éclatante de couleurs : « Grâce Bon Dieu », « Vive le Sang de Jésus », « Gen Bondye » (il y a un Bon Dieu), peuvent-elles suffire à éviter un accident et la sang versé des passagers ?

 

Nous avons vécu une expérience éprouvante sur la route des CAYES. Nous sommes montés dans un bus brinquebalant au départ de Léogane. Au-dessus du chauffeur, l’inscription n’avait rien de rassurant : «  l’Eternel gardera ton départ et ton arrivée ». Oui, mais entre les 2, quelle protection espérer ? Le chauffeur, un grand gaillard élégamment vêtu, longues tresses et grosse chaine en or autour du cou a entrepris le voyage pied au plancher. Le car a traversé en trombe villes et villages se frayant même un chemin tout klacson hurlant au milieu d’un marché. Le klaxon, une ficelle pendant au-dessus de sa tête. Et nous sommes en vie, alors…

 

Dieu, Jésus, partout. Le nom de Jésus sur les jolies barrettes qui ornent la coiffure des petites filles, barrettes assorties bien sûr à la couleur de l’uniforme. «Christ est le Chef suprême de cette école » inscription dans l’école d’Emilienne à Darbonne. Elle en est la directrice, dynamique, enthousiaste, compétente, dirige-t-elle de concert avec le Christ ? Et partout, dans toutes les classes une devise quotidienne liée au Divin est inscrite au tableau, même dans les classes des écoles nationales (publiques). A plusieurs reprises, l’une d’elles nous interroge : « Dieu aime les enfants sages ». Nous partageons notre inquiétude pour les autres, ceux qui ne sont pas sages, avec les enseignants, ils se contentent de sourire.

 

 

 

Au lycée national de Léogane, unique lycée de cette ville (250000 habitants) où 3000 élèves étudient, en double vacation PM et AM (ils se succèdent matin et après-midi), nous sommes témoins d’une scène étrange. Nous avons rendez-vous avec le directeur. Une élève est installée sur une chaise dans la salle qui semble être la salle des professeurs. Un petit groupe l’entoure : camarades et enseignants. Elle semble faire un malaise. Par moment, elle crie, se débat, échevelée. Nous interrogeons le préfet de discipline qui nous a accueillis, il explique très sérieusement : « c’est le mauvais esprit qui a pris la place de Dieu ». Nous sommes abasourdis. Elle sera conduite de force dans une voiture qui l’emmène. Où ?

 

 

 

Les Eglises sont multiples en Haïti : Evangélistes, Baptistes, Catholiques, Protestants, l’Eglise de Dieu, l’Eglise de Dieu et la mission du Christ, certaines venues des USA et sans doute beaucoup d’autres. Le dimanche, les offices ou les messes accueillent une assemblée nombreuse de fidèles, tous vêtus de leurs plus belles toilettes, « endimanchés » dirions-nous chez nous. La ferveur est profonde partout et le dimanche matin des chants s’élèvent, envahissant rues et chemins.

 

L’animisme Vaudou est aussi très présent partout, il s’imbrique, se superpose, se mêle aux religions. Il est tout à fait courant d’être un adepte à la fois d’une religion et des rites vaudous, cela se nomme le syncrétisme. Tout près d’Eden, notre lieu d’hébergement, en ce moment se construit une installation pour la sépulture d’un houngan (sorte de prêtre vaudou). Il habitait à proximité, il vient de mourir

 

 

 

 

 

. Dans un grand champ débarrassé des fatras (ordures), un vaste podium est en cours de finition, le terrain devant a été délimité, pour un plancher peut-être. Ces installations dans l’un de nos villages pourraient signifier qu’une grande fête se prépare. Serons-nous encore là lorsque la sépulture aura lieu ? Pourrons-nous y assister ? La croyance vaudou et ses rites ont toujours un caractère occulte. Les catholiques et les religieux de la colonisation ont tenté de l’éliminer en la traquant. Elle est toujours bien présente et chaque Haïtien s’arrange sans problème avec sa foi et ses croyances.

 

                                                                              Catherine G-C

 

ADIEU BERNARD

Bernard Miniacco est mort il y a quelques jours alors qu'il quittait l'aéroport de Port au Prince. Ses deux agresseurs à moto l'ont dépouillé de son argent et l'un d'eux l'a abattu d'une balle en prenant la fuite.

J'avais rencontré Bernard lors d'une réunion qu'on appelle au GREF un "tuilage".

Il n'est guère nécessaire de définir un tel type de rencontre. Le mot évoque immédiatement l'idée d'une superposition. En réalité, c'est  spécifiquement la rencontre entre une équipe qui est allée en mission dans un pays et une autre équipe qui va partir. Mais plus largement, un tuilage est l'occasion de la rencontre de ce qu'on appelle le "vivier" d'un pays, c''est à dire l'ensemble des adhérents qui souhaitent oeuvrer dans ce pays.

Pour Bernard et moi, il s'agissait d'un" tuilage Haïti" qui se déroulait à St Sébastien sur Loire. Nous avions longuement échangé autour de notre expérience en Haïti, de notre affection pour ce pays et pour sa population. Je me souviens que nous avions même identifié une motivation commune en disant que nous ressentions l'un et l'autre une sorte de dette morale qui nous poussait à aller aider une population dont les ancêtres n'avait pas demandé à vivre sur ces terres des Caraïbes mais devaient cela à nos propres ancêtres à nous. L'occasion ne nous a pas été donné de travailler ensemble en Haïti, mais nous l'aurions aimé.

Je veux juste ici exprimer l'émotion que je ressens à l'évocation de cette mort si injuste.

Plutôt que d'épancher aujourd'hui ma peine, mon ressentiment, ma colère, je ne trouve pas mieux que de reprendre ici ce très beau texte que le GREF a mis en exergue en tête de son site après les terribles attentats du 13 novembre. Bien sûr ces drames ne sont pas comparables, mais je trouve que ce qui a été écrit  par l'un de nos responsables est ce qu'il y a de plus juste pour nous aider à garder espoir et à rester fidèles à nos idéaux et à nos actions malgré ce genre d'évènement qui pourrait nous en détourner.

"Le moment de l'émotion et de l'accablement doit être dépassé par l'énergie de la liberté et de la fraternité. Modestement, mais fermement, le GREF continuera le travail avec ses partenaires vers la paix et le développement par l'éducation et la formation. L'ignorance cultive l'obscurantisme, la dépendance et la violence. La connaissance promeut le jugement éclairé, la liberté et la paix."

 

Bernard partageait complètement cette conviction. Elle lui survivra...

 

 

 

"

 

A PARTIR DE CETTE SEPARATION, CE SONT DES TEXTES DE MISSIONS ANTERIEURES QUI SERONT A CLASSER DANS LES SOUS-RUBRIQUES EN HAUT DE CETTE RUBRIQUE "MISSION HAÏTI", A GAUCHE. La connexion  en ce moment est hélas trop rare et trop instable pour que ce classement puisse être effectué.

ET VOILA St LOUIS du NORD !

Une jolie plage tout près de Saint-Louis. Au fond, l'île de la Tortue

Me voici donc à Saint Louis du Nord pour tout un mois. Après un transit de 48 h à Port au Prince, puis une journée de remontée vers le Nord en 4x4, j'ai découvert cette ville que l'on peut dire coquette par rapport à d'autres où j'ai pu séjourné auparavant. C'est, en réalité, une ville-rue : un axe qui longe la mer et qui est aussi en quelque sorte parallèlle à l'île de la Tortue, à quelques miles au large.

La ville laisse tout de même une impression contrastée, car  si l'axe principal est bien entretenu et propre, lorsqu'on s'écarte un peu, surtout côté mer, on découvre des ruelles sordides. J'avoue que je m'en échappe vite, mais si je vais vers la mer, c'est pour découvrir un rivage jonché de détritus au milieu desquels quelques cochons ou chèves cherchent leur pitance. C'est un crève-coeur de voir juxtaposés ainsi deux réalités si différentes : l'intense bleu caraïbe auquel met fin tristement la ligne sombre d'un bord de mer noirâtre. La nature est d'un côté, belle et accueillante, la "culture" est de l'autre, mais une culture qui n'a encore intégré aucune des valeurs qu'une éducation à l'environnement pourrait développer ici.

Une telle éducation passera nécessairement par l'école. Nous le savons bien, nous qui venons ici justement pour améliorer le système éducatif. Mais nous savons bien aussi qu'il y a d'autres priorités. Ventre affamé n'a pas d'oreilles disons-nous pour expliquer que l'esprit ne peut être sensible au vrai, au bien et au beau, que si le corps est bien nourri. "Sak vid pa kampé" dit un proverbe haïtien (un sac vide ne peut se tenir debout). Peut-être est-ce là un résumé un peu abrupt du problème de fond auquel se heurte le sysème éducatif haïtien et cela à tous les niveaux. C'est vrai d'abord  au niveau des parents qui doivent parfois choisir entre nourrir et instruire leurs enfants (ce qui explique une part de l'abandon scolaire). Nous découvrons que cela est vrai également des inspecteurs de l'Education Nationale qui ne peuvent aller visiter les écoles reculées dans les campagnes ou dans les mornes  (nom que l'on donne ici aux montagnes), tout simplement parce qu'ils n'ont pas de carburant à mettre dans leur  moto...Toutes les bonnes idées généreuses que peuvent avoir les haïtiens buttent sur ce problème des moyens. Et pourtant, nous observons bien ici qu'ils continuent à y croire...Les fers à béton qui dépassent ici la plupart des constructions signifient qu'on n'a pas pu  achever la maison, mais qu'on espère la finir ou l'agrandir un jour. Eh bien! chaque secteur de la société haitienne a ainsi ses propres"fers à béton" ! Je parlerai plus tard de ceux du système éducatif...

St-Louis du Nord, c'est çà !

Vue de ma chambre, le détroit entre l'île de la Tortue et la "grande terre"

Mais aussi çà !

au pied de notre hotel : des "fatras" (ordures en créole) s'accumulent lamentablement

Hotel "Toi et moi" : le romantisme s'arrête à la porte

Toi et moi ! une enseigne surprenante pour un hotel ! on devine toutes les suggestions romantiques que cette appellation a pu faire naître pour les couples en recherche d'un lieu secret pour abriter leurs amours...Pourtant, le romantisme ne dépasse pas la porte. L'hotel est un véritable labyrinthe où l'on se perd un peu dans un dédale de couloirs et  d'escaliers.

J'y ai habité une semaine et ne m'y suis jamais senti dans le costume d'un Roméo...Mes impressions sont plus terre à terre : Pas d'électricité durant la journée : seulement le soir et la nuit, de 18 h à 4h du matin !

Quant à l'eau, les robinets et pommes de douche ne la voient passer  que par intermittance, et le plus souvent, il faut se contenter de puiser de l'eau avec un gobelet dans un grand seau qu'un employé a apporté, et de prendre sa douche ainsi...Mais j'ai connu pire en 2007, dans un établissement qui fut totalement privé d'eau et d'électricité pendant 15 jours. Je me souviens de la rivière qui coulait opportunément juste à côté, et j'en frissonne encore...

Je ne serais pas honnête si je m'arrêtais à ces inconvénients bien secondaires, en tout cas ici.  J'ai plutôt envie d'évoquer l'incroyable gentillesse du personnel et surtout de la directrice, Editha, qui fait de surcroît une excellente cuisine...

Et puis, j'avais la chance d'avoir une chambre donnant sur la mer avec vue sur l'île de la tortue...Cette île mythique sera l'objet d'un prochain texte...

 

Système éducatif haïtien: un univers de contrastes et d'inégalités

J'ai eu l'occasion, dans des billets antérieurs, de stigmatiser la profonde inégalité qui clive la population haïtienne, entre  "neg anwo, neg anba" (voir sous-rubrique "découverte de Haïti"). J'ai lu, quelque part, sans doute dans le rapport remarquable qu'écrivit Régis Debray à l'intention du Ier Ministre D. de Villepin en 2004), que dans ce pays, 2% de la population possède 50% du PNB !

Tout naturellement, cette inégalité se retrouve dans le système éducatif que je commence à bien connaître (j'y interviens pour la huitième fois depuis 2006). En deux jours récemment, j'ai pu observer deux écoles totalement opposées, à tous points de vue : ici une école de campagne aux moyens précaires, qui porte le nom mythique ici de Toussaint Louverture, héros de l'histoire nationale qui joua un rôle prépondérant dans la révolte des esclaves à la fin du XVIIIème siècle, révolte qui amena à l'indépendance de Haïti en 1804. Mais Toussaint Louverture paya au prix fort ce crime de lèse-France, en mourrant tristement dans une geôle française au Fort de Joue, dans le jura. Cette école est une école "nationale", autrement dit une école publique, donc financée par l'état. On imagine une école bien dotée, avec des enseignants bien formés. des effectifs raisonnables.  Ce n'est hélàs pas le cas : j'ai eu l'occasion d'observer une classe de 88 élèves en 3ème année (l'équivalent de notre CE2). La photo ci-dessous vous donne un aperçu de cette classe, dans laquelle un maître âgé tente, avec beaucoup d'énergie, d'entraîner les enfants à communiquer oralement en français : "bonjour, je m'appelle Wilson, et toi, comment t'appelles-tu ?...". Tout cela deux par deux, pendant que 86 autres attendent passivement leur tour...

 

A côté, une autre salle dans laquelle coexistent 4 classes, moins chargées heureusement, mais qui fonctionnent dans une cacophonie invraisemblable (et incompatible surtout avec les apprentissages) Pas de cloison en effet entre ces classes, disposées deux par deux, deux dans un sens, deux dans l'autre, chaque maître s'évertuant à hausser le ton pour dépasser le bruit des 3 autres classes. Une heure de présence dans ce contexte nous épuise. Que doit-il en être des enseignants (et des enfants !) qui subissent cela de 8 h du matin à 13 h chaque jour ? Il est vrai que les haïtiens n'ont pas la même sensibilité au bruit que nous. Quand ces enfants quitteront l'école, ils se retrouveront probablement dans la rue principale de Saint Louis du Nord, là où un flot de motos circule à grande vitesse, chaque pilote équipant son engin d'une sono diffusant à fond musique, information, voire...prêche religieux !

Voici, ci-dessous, cette salle à cours multiples. On n'aperçoit que 2 tableaux, il faut en imaginer 4 !

Autre école, autre réalité !

Désolé ! un accident est survenu ici qui a amputé le texte suivantd'une partie de son contenu. Je suis hélàs trop occupé en ce moment pour trouver le temps d'effectuer une correction, mais je le ferai bientôt...


u contraire, la français est considéré comme "high language", langage de l'élite. Rien de surprenant donc à ce que l'école privée dont je parle ici privilégie le français. Cela va très loin, car on interdit même aux enfants de parler créole dans la cour ! Et on attribue à celui qui est pris en flagrant délit de faire usage du créole un "symbole", c'est-à-dire un signe qui le désigne à la réprobation des autres, et dont il ne se débarassera qu'en dénonçant un autre enfant qu'il surprendra à son tour en train de parler créole ! La délation érigée en système ! Horrible, pensez-vous ? Oui, en effet, mais cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose, en particulier à vous, mes compatriotes bretons ? N'est-ce pas la même chose qu'ont vécue les enfants de la Bretagne bretonnante, et que décrit si bien Per Jakès Hélias dans "Le cheval d'orgueil". En Bretagne aussi, il y a un siècle, deux choses étaient formellement interdites dans les écoles de la République : "parler breton et cracher par terre" ! (cracher par terre parce que la tuberculose sévissait et qu'il fallait en limiter la  contagion...)

La problématique est ici cependant plus complexe, car  il ne s'agit pas de  construire une nation unifiée par la langue. D'autre part, chacune des deux langues est ici valorisée : le français parce qu'il est un marqueur de classe, le symbole de la réussite sociale, mais le créole aussi, parce qu'il est le symbole de l'identité haïtienne ! Aussi voit-on chaque haïtien se situer quelque part sur un continuum entre un créole pur et dur et un français académique. Chaque école semble chercher son propre positionnement sur ce continuum. On comprend ce que cela peut donner. Il y a bien eu, dans les années 80, une réforme del'éducation nationale (la réforme"Bernard", du nom du ministre qui la proposa), laquelle imposait à l'école le créole jusqu'en 5ème année, le français n'y étant enseigné que comme langue étrangère (plus exactement langue seconde), et à partir de la 5ème année, le français devient langue d'enseignement, le créole continuant à son tour d'être enseigné comme langue seconde. Oui mais nous sommes en Haïti, et chaque école, chaque directeur, chaque enseignant même choisi de faire ce qu'il est capable de faire car pour enseigner en français, il faut le parler !

Un îlot de déontologie dans un océan d'iniquités

L'objectif de notre mission ici (nous sommes deux), c'est l'amélioration de la gouvernance du système éducatif de Saint Louis du Nord. Notre public-cible, ce sont donc les cadres de ce système. Ils appartiennent à trois corps différents : d'une par le SAP ou Service d'appui pédagogique, une instance directement reliée à la Direction départementale de l'éducation nationale (l'équivalent de l'inspecteur d'Académie dans un département français), d'autre part le corps des inspecteurs (un inspecteur principal et plusieurs inspecteurs de zone, équivalent de nos IEN en France), et e fin les conseillers pédagogiques de l'EFACAP (école fondamentale d'application et centre d'appui pédagogique), un organisme plus particulièrement chargé de la formation continue des enseignants.

MISSION 2014 A LEOGANE

26 OCT-7DEC

Cete nouvelle mission s'inscrit dans la continuité de celle qui s'est déroulée en novembre-décembre 2013, dans cette même région de Léogâne, précisément à Darbonne.

Il faut rappeler que cette action est née de la volonté d'un haïtien vivant en France, qui a décidé de mobiliser une association franco-haïtienne, la Communauté haïtienne du Nord, afin de reconstruire l'école de son village natal que le séisme de 2010 avait détruite.

La construction commencée en octobre 2013 est aujourd'hui en voie d'achèvement, et déjà les 6 classes d'enseignement fondamental (équivalent de nos classes élémentaires en France) fonctionnent dans les nouveaux locaux.

A la construction elle-même, le projet a ajouté la formation de l'équipe pédagogique, directeur et enseignants.

Le GREF (Groupement des retraités éducateurs sans frontières) a pris en charge cette formation.

Très vite, dès septembre 2013, l'idée s'est naturellement imposée d'associer à cette formation d'autres écoles proches : quelques-une d'abord, géographiquement limitrophes du village de l'école reconstruite. Dès novembre 2013, ce sont 10 écoles qui ont été concernées. Cette année, 10 nouvelles écoles ont rejoint le premier collectif, et tout montre que cette extension du projet va se poursuivre. Elle va se poursuivre à la fois géographiquement, dans le sens d'un élargissement du collectif d'écoles qui pourrait finir par englober l'ensemble des écoles qui se trouvent sous la juridiction du BDS (Bureau du District Scolaire) de Léogâne. Mais elle se poursuit aussi dans le sens de la diversification des actions et des contenus de formation. C'est ainsi que cette année, à la formation de base des enseignants que l'on décrira plus loin, on ajoute une formation spécifique à l'éducation à l'environnement, une formation à l'utilisation des TNI (tableaux numériques interactifs), et l'installation d'une bibliothèque dans la nouvelle école reconstruite, avec une formation destinée à initier les enseignants à l'utilisation du livre comme outil pédagogique. D'autres initiatives sont en gestation : la création d'un centre de santé par exemple, la construction d'une cantine, la création d'activités économiques sources de revenus, etc...

Le GREF est en train de se positionner dans ce département de l'Ouest d'Haïti avec un modèle d'aide au développement qui n'a sans doute pas fini de grandir.

Dans un prochain texte, vous pourrez découvrir les objectifs de la session qui se déroule maintenant depuis une semaine, et d'autres comptes-rendus donneront de temps à autres quelques aperçus des formations proposées.

L'EDEN

Celles et ceux qui ont eu accès à ce que ce site avait proposé en 2013 connaissent déjà l'EDEN, un centre d'accueil que son propriétaire appelle volontiers Guest house, qui a la capacité d'une part d'accueillir des groupes en réunion (réunions de parents d'élèves, d'associations, réunions politiques même, mariages, etc). et d'autre part d'héberger dans ses chambres quelques personnes pour des séjours de durées diverses. Pour notre part, Claire, Marianne et moi y séjourneront 42 jours. En ce début de session, nous en sortons tous les jours, pour aller faire des observations dans les classes, mais dès jeudi 6 novembre, c'est ici que nous proposerons les journées de formation. Soit sous le grand préau que vous voyez au premier plan sur la photo, soit sous un autre plus petit qui a été le théâtre de nos formations l'an dernier et que vous pouvez voir dans les récits antérieurs.

L'HISTOIRE EDIFIANTE DE SAINTE ROSE DE LIMA

Sainte Rose de Lima est une très grande école de Leogâne, une véritable institution dans la ville, qui accueille un millier d'élèves. A l'instar de très nombreuses écoles de cette région où se situait l'épicentre du séisme du 10 janvier 2010, les anciens bâtiments de cette école se sont effondrés, tuant deux enseignantes religieuses, dont la directrice, et 15 enfants. A l'heure où est survenu le séisme (vers 17 h), il n'y avait normalement plus délèves dans les écoles dont la vacation principale se déroule en général de 8 h à 13 h. Mais certaines écoles proposent une vacation l'après-midi. C'était le cas à Ste Rose de Lima, ce  qui explique le bilan dramatique de la catastrophe dans ce cas précis.

Lors de la cérémonie d'inauguration des nouveaux locaux, à laquelle nous avons été invités, l'actuelle directrice, dans son discours, n'a pu masquer son émotion en évoquant la tragique disparition de ses consoeurs et des nombreux enfants.

Si j'évoque ici cette inauguration, ce n'est pas pour revenir, une fois de plus, sur les drames humains que ce terrible séisme à provoqués. Laissons aux haïtiens eux-mêmes ces évocations qu'ils ne peuvent helàs ! gommer de leur mémoire. Non, c'est plutôt pour mettre en exergue un exemple de plus d'un genre de partenariat qui fonctionne remarquablement. Nous le savions déjà, nous ici, puisque si nous somme là, c'est par la grâce de la remarquable solidarité de la Communauté haïtienne du Nord. Sainte Rose de Lima en est un autre exemple particulièrement édifiant. C'est la Croix Rouge espagnole, en étroit partenariat avec la Croix Rouge haïtienne, qui a reconstruit cette école. Une réalisation remarquable dont l'Espagne peut être fière, d'autant plus que cette école n'est pas la seule à bénéficier de l'aide iberique, puisque la "Cruz Roja espanola" aura reconstruit au bout du compte 7 grandes écoles dans la région. Nous travaillons d'ailleurs ici avec l'une d'elles, l'école nationale de Darbonne.

Il y a parfois du scepticisme dans l'esprit des gens qui s'interrogent sur l'utilisation de l'argent que la solidarité internationale injecte dans les pays que les catastrophes accablent. Eh bien ! des exemples comme  celui de Ste Rose de Lima sont là opportunément pour nous assurer qu'il y a des actions de solidarité qui marchent bien, très bien même. Nous en observons ici chaque jour, et mieux que cela, nous participons nous-même chaque jour à l'une d'entre elles, car si nous sommes là, c'est bien dans le cadre d'une coopération qui réussit : la reconstruction de l'école de Cabaret Bois au  Bée par la Communauté haïtienne du Nord...

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erratum tragique ! J'ai écrit ci-dessus, dans le récit de l'inauguration de l'école Ste Rose de Lima, que 15 enfants avaient péri lors du séisme de 2010. Le chiffre m'avait impressionné, vous aussi sans doute. Eh bien ! la réalité va bien au-delà. J'ai eu un échange récent avec la directrice (qui a succédé à celle qui était morte aussi lors de l'effondrement de l'école), et elle m'a dit que ce sont en réalité 45 enfants qui ont été victimes. Un terrible drame pour la ville de Léogâne (située à l'épicentre du séisme, je le rappelle).

 

L'école Ste Rose de Lima à Léogâne
L'école Ste Rose de Lima à Léogâne

CHEVAUCHEES "FANTASTIQUES" ?

Formation aux TNI

     

Marianne est ici "madame TNI" ! Non ce n'est pas exagéré, puisque, après une formation animée dans ce domaine en mai à Jean Rabel, c'est aujourd'hui ici qu'elle partage sa maîtrise de cet outil qui révolutionne les pratiques de classe.

J'ai pu observer la concentration dont font preuve ici les quelques privilégiés qui participent quasiment tous les après-midis aux séances qu'elle propose. Voici, ci-dessous, son intéressant témoignage :

 

 

"Les TNI ont été présentés aux directeurs et à quelques enseignants lors de notre séjour en décembre 2013. Tous étaient attentifs…

 

Le comité de pilotage pour l’installation des TNI en Haïti a pris la décision d’en implanter 4 lors de cette année scolaire dans ce secteur de Léogâne où nous intervenons. Belle opportunité pour moi ! J’allais pouvoir les initier !

 

Initier ces enseignants, oui mais les autres sont-ils intéressés ? Eh bien oui !

 

Je fus surprise de recevoir les demandes de pratiquement tous les directeurs des écoles non dotées !!!!! 2 groupes de 12 « élèves », directeurs pour la plupart, viennent donc après leur temps de travail pratiquer, sur leur ordinateur, tout ce qu’ils découvrent sur le tableau numérique.

 

Un jour férié ? Non ! Ils sont présents pour ne pas manquer un cours !

 

Cela fait plaisir de voir leur implication et j’espère que leur attente d’un tableau numérique dans leur propre école ne sera pas trop longue. En attendant, peut-être pourront-ils aller pratiquer dans une des écoles qui aura la chance de le recevoir cette année ?"

 

                                                                                          Marianne

 

TOUT BOUGE AUTOUR DE MOI...

"Tout bouge autour de moi" est le titre d'un ouvrage que le tout nouveau sociétaire de l'Académie française Dany Laferrière a publié au lendemain du séisme de 2010 dont il a été un témoin direct...

Eh bien ! si je donne aujourd'hui ce titre à ce petit texte, c'est qu'un évènement survenu ce samedi matin nous a rappelé ici que nous sommes dans cette région à fort risque sismique qui fut l'épicentre du tremblement de terre du 10 janvier 2010. Partout ici la réalité des maisons effondrées nous évoquent quotidiennement ce drame qui coûta la vie à 300 000 personnes, et je rappelle que si nous sommes ici, c'est précisément par le biais de la reconstruction d'écoles dont beaucoup furent détruites. 

Ce matin, vers 8h30, j'étais assis dans ma chambre, préparant une prochaine formation sur l'éducation à l'environnement (une urgence  dans le système éducatif d'un pays écologiquement sinistré), lorsque brusquement un bruit sourd a retenti en même temps que ma chaise s'est mise à bouger sous mes fesses...Immédiatement, nous nous sommes tous retrouvés dehors, propriétaires et hôtes de ce centre d'accueil, personnel, etc.

Le mot "goudougoudou" qui désigne en créole un tremblement de terre (quel magnifique exemple d'onomatopée !) était sur toutes les lèvres. Un peu d'angoisse était perceptible, chez nous surtout gens du GREF qui ne sommes pas vraiment habitués aux secousses telluriques...

La sérénité est revenue très vite pour tout le monde. Il n'empêche que cet incident est venu opportunément nous rappeler que le risque ici est réel et permanent. Nous n'en sommes pas encore à décider de dormir dehors ce soir, mais nous comprenons celles et ceux qui ont vécu la récente tragédie qui reste gravée dans leur mémoire, et parfois dans leur corps...

FORMER EN DUO

Dans beaucoup d'actions de solidarité inernationale, on est souvent dans un rapport Nord-Sud dissymétrique : savoir, compétences viennent du Nord, et ce sont nos amis du Sud qui sont censés en tirer profit. Or les compétences sont aussi souvent au Sud et c'est alors une collaboration intelligente qui constitue la bonne solution.

L'étymologie de ce mot collaboration est éclairante : labor, c'est le travail, en latin. Collaborer, c'est donc travailler ensemble. C'est exactement ce que nous cherchons à faire ici, dans cette action du GREF à Léogâne en Haïti.

Claire Dagorne, qui nous a accompagnés ici au début de la mission, mais qu'une santé incertaine a contrainte à nous quitter trop rapidement, nous a laissé, avant de partir, comme on laisse une sorte de legs moral, cette pensée de Lisa Watson, aborigène d'Australie que je partage ici :

 

"Si tu es venu pour m'aider, tu perds ton temps.

Mais si tu es venu parce que tu penses que ta libération est liée à la mienne, alors travaillons ensemble."

 

Merci Claire, et bravo, car tu ne t'es pas contentée de nous transmettre ta conviction, tu l'as inscrite dans tes actes en partageant l'animation d'une séance autour de la gestion d'une bibliothèque avec Maxandre, directeur d'école ici, mais aussi gérant d'un petit centre culturel à Darbonne, au coeur de la région dans laquelle se situe cette action du GREF.

Voici, ci-dessous, ton intéressant témoignage :

 

 

                          « CO-FORMATION »

 

 

...C'est un exercice fameusement enrichissant que j'ai pu expérimenter dans ma vie professionnelle et aussi depuis que je participe à des missions GREF.

 

A Ouarzazate déjà, j'avais par deux fois, animé des stages d'une semaine pour les enseignants de primaire avec le responsable du CDP (Centre de Documentation Pédagogique), Ahmed Choukri.

 

Cette fois, à Léogane, c'est avec Maxandre que j'ai de nouveau vécu ce partage des tâches . Maxandre Bienaimé est directeur de l'école « Institution mixte Nao . Il est aussi responsable d'un petit centre culturel avec bibliothèque publique, structure indépendante subventionnée par la Fondation FOKAL (Fondation Culture et Liberté). Cet organisme haïtien fait partie d'un réseau de fondations (fondateur Georges Soros) « pour la promotion des valeurs démocratiques » et accompagne les secteurs de la société porteurs de changement. Pour ce qui nous occupe, il forme des bibliothécaires qui puissent animer des centres culturels ; chaque centre est indépendant et reçoit chaque année un pécule qui doit assurer le fonctionnement, y compris le défraiement des responsables, secrétaires etc.

 

 

 

Caractéristique essentielle de ces deux exemples : elle réunit un membre du GREF et un collègue local, à égalité dans un partage de connaissances avec les stagiaires. L'immense avantage est que nous, qui connaissons si imparfaitement l'histoire du lieu, le contexte et la culture locale, la langue donc les modes de pensée, les aspects de la vie quotidienne sur une longue durée, collaborons avec quelqu'un pour qui ces données sont les siennes depuis l'enfance.

 

 

 

C'est ainsi que vendredi dernier, après avoir préparé quelques jours plus tôt, nous étions, Maxandre et moi, réunis autour d'une table avec le directeur d'une école qui va créer sa bibliothèque (BCD), trois de ses enseignants et la déléguée d'une autre école de Léogane nommée abrupto responsable de l'embryon d'une bibliothèque.

 

Pour Maxandre comme pour moi, cahier d'inventaire, classement des livres, indexation et autres catalogages n'ont plus de secrets...mais quel talent avait-il dans le choix des mots pour expliquer tout cela, mettre en valeur un auteur haïtien d'album pour enfants ou assurer aux présents que s'ils rencontraient des difficultés à l'avenir dans la mise en œuvre, il n'avaient qu'à le joindre par téléphone !

 

Nous ne faisons que « passer », un tel partenaire, lui, reste et peut être garant de la pérennisation de l'action.

 

J'ai dû quitter la mission plus vite que prévu, pour des questions de santé, mais j'étais vraiment soulagée de savoir, qu'avec Marianne et André, Maxandre allait pouvoir faire plusieurs interventions dans les formations suivantes, autour du livre et de la lecture.

                                                       

                                                      Claire Dagorne

 

Maxandre prend le relais de Claire
Claire et Maxandre animent la séance
Maxandre prend le relais de Claire
Maxandre prend le relais de Claire

Tèt chaje

"Tèt chaje" : voilà une expression familière à tous les haïtiens pour désigner la pression qui peut s'abattre parfois sur les personnes très occupées, confrontées à des soucis, ou à une diversité d'occupations qui fait  que ces personnes ne savent plus où donner de la tête. Celle ci est alors trop "chargée".

Désolé pour tous ceux qui pensent que les missions du GREF peuvent être des séjours de tout repos. Au GREF, il n'y a pas si longtemps, un responsable (?) crut bon de dire, avec beaucoup d'ironie, que si les membres du vivier Haïti voulaient des voyages exotiques, il y avait des agences de voyages pour cela ! Propos à la fois méprisants et tellement injustes pour des dizaines de grefons qui se sont impliqués avec passion et générosité dans le système éducatif haïtien depuis plus de plus 15 ans.

Que ce censeur ridicule, qui n'a fait en Haïti que de confortables séjours de "faisabilité" dans lesquels, comme le mot l'indique, on ne "fait" pas, mais on réfléchit au "comment faire" vienne donc voir ce qui se passe ici, dans cette mission à Léogâne en cet automne 2014.

La mission a été ambitieuse, trop sans doute, avec une pluralité d'objectifs impressionnante :

Il s'agissait d'abord de réaliser une sorte de "retour de stage" du travail de formation effectué en 2013 auprès de 18 directeurs et d'une cinquantaine d'enseignants de 9 écoles différentes.

Deuxième objectif : renouveler cette formation à  l'intention des enseignants de 10 nouvelles écoles qui ont été ajoutées cette année au collectif d'écoles.

Mais en même temps, nous avons voulu renforcer  cette formation, à la fois pour les enseignants formés l'an dernier et pour ceux de cette année, en introduisant une initiative totalement novatrice ici, en direction de "l'éducation à l'environnement et au développement durable" (EEDD).

Comme si cela ne suffisait pas, la perspective d'introduire dans quelques unes des écoles des TNI (tableaux numériques interactifs) nous a amenès à proposer une formation à l'utilisation pédagogique de ces TNI!

Comme si cela ne suffisait pas encore, un projet très concret de création d'une BCD (bibliothèque Centre Documentaire) dans l'école neuve de Cabaret Bois au Bée s'est ajouté aux premiers objectifs.

Vaste projet donc qui paraissait déjà ambitieux pour être conduit avec  succès par 4 formateurs en 7 semaines. Or des évènements totalement imprévus sont venus compliquer notre tâche. L'une d'entre nous, Sylvaine, n'a pas pu partir avec l'équipe, "empêchée" dirai-je prudemment, (et empêchée à son corps défendant !) ...et une autre, Claire, a dû nous quitter trop rapidement, pour des raisons de santé.

Pas l'ombre d'un reproche évidemment pour nos deux amies, dont je sais qu'elles auraient  tellement aimé être avec nous du début à la fin de la mission. Vous nous manquez l'une et l'autre, et ce n'est pas seulement une gentillesse de ma part que de vous le dire.

 

. Un programme inchangé donc...mais pour un demi effectif ! Je vous laisse imaginer. Marianne et moi avons fait ce que nous avons pu, mais dans des conditions que vous imaginez difficiles ! Sylvaine s'était préparée au travail sur l'éducation à l'environnement (qui devait cependant être géré par l'ensemble de l'équipe). Quant à Claire, son passé professionnel la désignait tout naturellement pour gérer la création de la bibliothèque et toutes les formes d'animations pédagogiques autour de cette bibliothèque.

Soyons clairs : nous ne renoncons à aucun de nos objectifs, mais nous n'avons non plus aucun goût pour démontrer que ce qui était prévu à quatre pouvait se faire à deux.

Nous avons au contraire mis à profit cette situation imprévue pour intégrer à notre (petite) équipe deux formateurs haïtiens. Claire vous en a déjà parlé dans un précédent texte : elle était enthousiaste. Si elle avait pu rester avec nous, elle le serait davantage encore...

 

Amical bonsoir

Amical Bonsoir à toute l'équipe des enseignants de 1ère et 2ème année fondamentale avec qui nous avons travaillé ce mercredi matin 19 novembre.  Vous retrouverez ci-dessous quelques instantanés de notre séance de travail. J'en ajouterai d'autres demain.

Un article suivra dans les heures qui viennent. Passez une bonne soirée et une bonne nuit, vous l'avez bien méritée !

                                                                                      André

Mardi 25 NOV Enseignants de 1ère et 2ème AF

le groupe des enseignants de 1ère et 2ème Années fondamentales
le groupe des enseignants de 1ère et 2ème Années fondamentales

Le groupe des enseignants de 1ère et 2ème années fondamentales : tous sont sensibilisés à l'impératif urgent de l'éducation à l'environnement en Haïti.

Il reste à faire passer le message aux enfants...et aussi à leurs parents !

 

Par petits groupes, les enseignants de Première et deuxième années fondamentales élaborent des activités à conduire en classe pour sensibiliser les enfants à la nécessité de protéger la nature et faire naître chez eux (et chez leurs parents ?) des comportements écocitoyens.

Les enseignants de troisième et quatrième année fondamentale sont au travail.

Objectif : comment faire prendre conscience aux enfants des dangers qui menacent leur environnement ? Comment leur faire découvrir les comportements à adopter pour le protéger ?

 

Sak vid pa kampé

Un sac vide ne tient pas debout ! traduisez : sans manger, on ne tient pas le coup. L'image que propose cette expression créole n'est sans doute pas très élégante, mais elle a le mérite d'être très explicite, et elle rejoint ainsi notre propre adage français : "ventre affamé n'a pas d'oreille."

Nous avons pris en compte ici cette évidence en proposant à nos stagiaires un petit déjeuner à leur arrivée à 8 h le matin. Beaucoup ont dû sillonner la campagne pour nous rejoindre, certains à  moto, d'autres à bicyclette, d'autres encore à pied.

A la fin de la matinée, après 5 heures de travail, nous partageons encore avec eux un solide repas.

Voici, ci-dessous, quelques images de ce moment où les échanges pédagogiques parfois animés cessent comme par miracle, pour faire place à une concentration impressionnante !

"Primum vivere..." Il y a longtemps que cette priorité s'est imposée...

Le même groupe se restaure après 5 bheures de travail. Un bon moment d'échanges ...

Dernières demeures...

Le visiteur étranger qui s'aventure dans les zones rurales de Haïti découvre avec un certain étonnement que la coutume est souvent ici d'inhumer les morts à proximité même des habitations dans lesquelles ils ont vécu. Ce dimanche après-midi encore, un cortège funéraire précédé d'une fanfare au rythme lancinant, est passé devant notre "Eden" (je rappelle que c'est le nom de notre centre d'accueil) pour aller déposer le cercueil dans un caveau, au milieu de la zone habitée toute proche, à 80 m environ.

Inhumer n'est d'ailleurs pas le mot qui convient ici. En réalité, la dépouille est mise dans un caveau en béton, le plus souvent hors du sol. Dans tous les villages, on voit ainsi de tels caveaux, parfois par modules de deux ou quatre, voire six. Singulière image que ces tombes hors sol qui semblent attendre leurs futurs résidents, lesquels ont ainsi de leur vivant sous les yeux, la demeure qui les accueillera pour leur ultime repos.

Nous avons eu l'occasion de faire récemment une étrange découverte à ce sujet. Dans un village rural tout près d'ici, à Cabaret même, là où a été reconstruite l'école qui est la raison de notre présence ici.  Un tombeau composé de 6 caveaux occupe le centre de la place du village, les habitations faisant cercle autour de lui. le maître des lieux,un ami haïtien lui-même, mais vivant le plus souvent en France, nous montre le plus simplement du monde ce tombeau multiple. Ici, quatre caveaux sont hors sol, mais vides pour le moment. Par contre, 2 caveaux sont en sous sol. L'un est scellé et contient la dépouille d'un proche récemment décédé. Par contre, l'autre nous étonne : l'accès qui permet d'y descendre (à Trois mètres de profondeur environ), est simplement recouvert d'une dalle amovible !

Nous nous en étonnons. Et voilà que notre ami entreprend de pousser cette dalle sur le côté, avec l'aide d'un jeune homme de ses proches. Et là, que voyons nous, dans la pénombre, mais nettement ? Un cercueil intact, encore environné de fleurs sèchées et de décorations diverses !

Désinvolture ? irrespect ? violation ? Partout ailleurs, on pourrait le penser. Ici, non ! le propriètaire des lieux nous explique, dans un grand éclat de rire, que c'est sa grand-mère qui repose là, une grand-mère très chère, et régulièrement il descend, nous dit-il, dans ce caveau pour caresser tendrement son cercueil dans lequel elle repose depuis...12 ans !

Nous sortons de là très remués, avec le sentiment qu'une telle manifestation de tendresse simple vaut bien toutes les attitudes compassées de nos cimetières aux allées tirées au cordeau, aux belles dalles de marbre, et aux tombes fleuries...